La méditation est une profonde activité de transformation. Cela
peut paraître étrange car la méditation se présente souvent comme
une position assise en toute tranquillité – et en silence. En ce
qui concerne une activité quelconque…cela se borne apparemment à
quelques actions qui semblent sans importance, comme porter son
attention sur les sensations liées à la respiration, ou sur les
pensées qui se déroulent dans le mental. La méditation ne semble
pas être un processus très significatif. Des gens peuvent demander
: « Que sommes nous supposés faire quand nous sommes assis ? » «
Qu’est-ce que je dois faire de mon mental pour l’améliorer ? » « A
quoi faut-il penser ? » En fait, ce qui caractérise la méditation
est le fait que c’est un processus de modération de l’énergie en
calmant l’attention, ce qui lui permet d’être plus réceptive, plus
ouverte. Une action importante dans la méditation consiste à
soigner notre « énergie de faire » afin que la volition ne soit
pas agitée, ni indocile, angoissée ou violente, mais devienne
claire et tranquille et entièrement attentive au moment présent.
Ainsi, plus nous arrivons à modérer notre énergie de cette manière,
plus nous arrivons à un résultat brillant, à la confiance et à la
clarté ; et plus ces qualités du mental se font jour en nous-mêmes,
moins nous nous sentons obtus, agités et confus. Alors,
l’agitation, le souci et les tentations de nous distraire
disparaissent. Par conséquent, en plus d’un bien-être immédiat et
d’une plus grande clarté, la méditation apporte d’autres bienfaits
importants dans notre vie : nous apprécions la valeur de la
tranquillité et de la simplicité, ce qui nous encourage à laisser
les choses se faire. Cela représente un changement important de
perspective.
La fonction première de la méditation est une sorte de remède. On
l’appelle « calmant », (samatha) : l’installation et le confort
des énergies corporelles et mentales. La seconde fonction est la
vue profonde (vipassana) qui est plutôt une manière de regarder
dans le corps et le mental devenus calmes et de voir ce qu’ils
sont réellement. Les deux fonctions marchent ensemble : quand vous
vous calmez, votre regard devient plus clair et comme vous voyez
les choses plus clairement, l’agitation diminue ainsi que la
confusion et les choses à régler. Et au moment où les deux
processus prennent fin, le kamma cesse : l’expérience de nos
forces intérieures – nos sensations et nos humeurs, nos attitudes
et les souvenirs qui nous font vivre – peuvent trouver un endroit
de résolution. L’agitation et la confusion peuvent s’arrêter.
Formation de « schémas »
Nous pouvons élargir la pratique de la méditation en agrandissant
la conscience du corps quand il est assis, en marche, debout ou
couché et également dans l’acte continu d’inspirer et d’expirer.
Nous nous occupons ainsi des réalités fondamentales de la vie du
corps. Cela nous donne l’opportunité de mettre de côté des
questions plus personnelles, spécifiques ou d’actualité et de nous
pencher sur quelque chose qui nous accompagne toute notre vie.
Ce qui devient clair, c’est à quel point notre système de vie est
dynamique : les sensations corporelles palpitent et changent et
les énergies s’élèvent et coulent. Les humeurs oscillent, les
pensées courent et étincellent en souvenirs, plans pour l’avenir…alors
l’écran du mental peut s’embrumer pendant un certain temps. Nous
possédons un schéma physique et un schéma psychologique qui nous
disent qui nous sommes, comment et où nous sommes d’un moment à
l’autre : mais en réalité le processus est fluide.
Ce qui est attaché ensemble comme « mon corps » et « mon mental »
est en réalité un mouvement dynamique de sensations, d’humeurs et
d’impulsons qui ralentissent, accélèrent et changent sans arrêt.
Ces mouvements agissent mutuellement les uns sur les autres, les
humeurs mentales émettent des éclairs et même des chocs dans le
système d’énergies corporelles et vice versa. Parfois, un
mouvement d’irritation ou de peur, peut causer une crispation, ou
le sentiment d’avoir beaucoup de choses à f aire engendre un
tourbillon qui ‘me met hors de moi’. Et, bien que ces sensations
semblent être « moi », elles n’ont aucune substance durable. La
substantialité est ici seulement produite par le jeu confus des
énergies physiques et mentales, comme un disque apparemment solide
créé par les lames d’un ventilateur en marche.
La dynamique des pulsions qui sous tendent nos comportements et
les tendances qui en résultent sont appelées sankhara « formations
ou schémas ». Le schéma est actif quand l’intention - le désir de
faire – constitue le résultat de ce processus. Une fois établis
ces schémas deviennent la norme. Pour employer une analogie, si
vous nettoyer un chemin dans un sous-bois, il y a l’impulsion et
l’action qui font apparaître le chemin ; ensuite ce chemin devient
un « schéma » dont la tendance consiste à encourager les autres à
emprunter ce chemin. L’eau descend une pente et crée une vallée –
c’est comparable au modèle actif. La vallée est un « schéma » qui
va attirer d’autres ruisseaux plus petits. De même, dans la vie,
résultant de nos attitudes ou de nos déviations, notre système de
pensée et d’action suit un chemin habituel. Si nous avons toujours
réagi d’une certaine manière – disons face à des chiens ou à la
foule, ou encore, quand nous n’obtenons pas ce que nous voulons –
une « impression » s’installe que « j’ai ces attitudes et ces
comportements, je suis comme ça. » C’est très significatif parce
que le schéma devient un aspect d’identité, la norme qui va
déterminer l’attitude consistant à penser que c’est « ma position
que je ne veux pas changer » ! Ainsi, le résultat devient la base
des actions futures. C’est ainsi que le schéma (sankhara) est le
moyen qui permet les actions (kamma) et les effets (vipaka) qui
nous caractérisent : « Ceci est moi, c’est ma façon, je m’y tiens.
»
Dans la méditation, les schémas deviennent plus clairs. Comme on
stabilise l’énergie, il y a moins de confusion. Ainsi, quand vous
vous concentrez sur un simple objet stable, les forces et les
faiblesses du schéma actif apparaissent. La plus grande partie de
ce qui se passe n’est pas dans l’objet de méditation mais dans les
énergies du mental qui médite. C’est là que l’agitation, l’intérêt
ou la pesanteur du mental se font jour. Si ces empêchements sont
éclaircis, le mental s’apaise. Néanmoins, c’est un processus qui
s’approfondit : quelques unes des forces qui amènent ces schémas
sont latentes plus qu’actives et sont plutôt comme des graines
dans un sol bien sec ; elles ne germent que lorsque la pluie tombe.
Quand notre système intérieur est chaud et ensoleillé, il peut
nous sembler que nous n’avons aucun penchant pour la mauvaise
volonté ou le désir des sens, mais il se peut très bien que ces
tendances soient dormantes. Par conséquent, pour que la méditation
apporte un bénéfice réel, nous devons l’entreprendre comme une
opération du mental, pour exposer et résoudre des schémas, qu’il
pleuvc ou qu’il fasse soleil…
« Il y a trois canaux pour ces schémas actifs ou aboutissants ».
Celui pour le kamma mental ou émotif est citta-sankhara, il se
réfère à citta notre sens affectif qui expérimente la
signification et les sentiments et amène des réponses et des
attitudes. A cause de Citta, parce que nous sommes sensibles, nous
interprétons et déduisons du sens. Nous sommes émus en termes de
bonheur ou de tristesse. Alors, de la joie ou de la déception
(etc.) qui nous ont émus, des objectifs plus délibérés se forment
– nous décidons d’agir sur une pensée ou une impulsion. Tout ceci
revient à former des schémas. Leur fonction la plus délibérée se
produit quand les choses commencent à bouger : nous décidons, nous
sommes impliqués, nous agissons – ainsi, produisons du nouveau
kamma, et des schémas qui en découlent – nous favorisons et
développons des goûts qui deviennent « mon style, mes attitudes,
ma manière de prendre les choses ».
La nature habituelle de ce genre de schémas signifie que nous
regardons les situations en termes génériques et répondons de
façons standardisées. Alors, il apparaît que ‘cela me fait
toujours sentir de « cette » manière’.
C’est vraiment ainsi que je me sens, n’est-ce pas ? Le sens du moi
arrive très fortement quand nos sentiments sont déclenchés. Nous
ne remarquons pas ni ne pénétrons le déclanchement qui nous pousse
vers quelque chose qui est parfois douloureux, parfois agréable
mais, en général, sur un territoire émotionnel familier. C’est
ainsi que nous pouvons être soumis au contrôle ou même à la
domination de nos humeurs et de nos pulsions. Il y a une
confusion, une accélération, une réaction si quelqu’un a dit ou
fait quelque chose que je ne comprends pas vraiment. Ce fait de
n’avoir pas compris (avijja) est en soi une force dynamique : elle
ignore ou obscurci pendant qu’elle fonctionne et là, se trouve la
tendance latente de l’ignorance. C’est le schéma le plus
fondamental de nos souffrances et de notre stress.
Le processus de l’ignorance est particulièrement aveuglant quand
il soutient des perceptions faussées concernant les autres
personnes : « comment devrais-je me conduire ? » « Le problème
avec les femmes est…. » Alors, cela devient « le problème pour moi
est…. » Même si notre réaction émotionnelle est de mettre nos
émotions de côté : « cela n’a pas d’importance » - cela aussi est
citta sankhara. Ou bien on est ravi en affirmant la base émotive :
« c’est vrai, c’est réel » ou bien on cherche à calmer le jeu.
Tout cela est du kamma mental. Il peut être bon, mauvais ou moyen,
mais il forme un point de référence mental par des résonances
momentanées. Quand les réponses sont basées sur des hypothèses et
non sur des investigations, elles sont la marque de l’ignorance.
Le schéma pour le kamma verbal est vaci-sankhara qui engendre les
pensées. Il y a dans cette dynamique, deux aspects : l’intellect
examine un objet, puis formule un concept pour le nommer, c’est
vitakka. En même temps, il vérifie si ce concept correspond
vraiment à l’objet, il le raffine, il l’évalue, créant ainsi de
nouveaux concepts. C’est l’évaluation, vicara . Tout ce mécanisme
est propulsé par une volonté de définir, de clarifier et de
planifier. Ces résidus signifient que le mental est souvent
surchargé de mouvements d’évaluation, de conception, de
planification et de réflexion…nous pouvons être un penseur
impénitent ou même angoissé, ou quelqu’un qui aime penser, qui
aime la possibilité de fabriquer des idées. Ou notre pensée peut
se développer par à-coups, confuse et irrégulière, sans confort,
occupée à se demander comment s’arrêter. Nous pouvons être agités,
absorbés par notre bavardage intérieur sans voir les choses en
face, telles qu’elles sont. Ainsi, les formes verbales et leur
dynamisme affectent le mental : nous sommes contents de nos
pensées qui nous fascinent ou nous dépriment et par notre capacité
de penser. C’est ainsi que le kamma verbal nourrit le kamma mental
et devient une source d’actions.
Pour finir, le schéma pour le kamma corporel est kaya-sankhara, le
schéma de l’énergie corporelle qui s’appuie sur l’inspiration et
l’expiration comme condition de base nécessaire. A cause de la
respiration le corps, tout à son énergie (ou au repos), est un
processus dynamique. Et sa vitalité (ou son manque de vitalité)
nous enchante (ou nous déçoit). Ainsi, tout cela affecte citta, le
mental affectif.
C’est ainsi que tout cela revient au citta-sankhara en tant que
générateur de kamma nouveau, celui qui interprète l’expérience
comme « moi » et « le mien ». Par-dessus tout, c’est avec ce
schéma que nous devons travailler le plus dans la méditation. Avec
samatha, nous calmons et affermissons le cœur – processus soutenu
d’un côté en clarifiant et en dirigeant la faculté de penser et
d’un autre côté, en vivifiant et en consolidant l’énergie
corporelle. Quand nous soignons ces schémas, nous les contemplons
avec la vue pénétrante : ce processus mental quand je le considère
comme moi-même ou mien, cela me mène-t-il à la tension ou au
stress ? Et comment cela est-il ressenti comme mien ? Parce que
cette vue du moi est ce à partir de quoi nous agissons, c’est la
base du kamma, et les résidus qui en résultent qui vont déterminer
notre vie.
Travailler avec les schémas pendant la méditation.
Le mental affectif contient un potentiel important en termes
d’attitudes et d’attention. C’est pourquoi il est important
d’avoir la juste qualité de cœur pendant la pratique de la
méditation. La vie quotidienne peut être pleine de tensions et
s’asseoir et attendre des résultats de cette assise est un défi.
Comme la méditation demande de se concentrer sur une partie du
corps, cela peut paraître si sec, si ennuyeux qu’il vous faut vous
y forcer par un sens du devoir qui finit par vous rendre crispé et
tendu. Si vous êtes empli de ces affects, il n’y aura pas
d’épanouissement et vous cesserez de méditer parce que bien que
vous sentiez qu’il faudrait le faire et que : « je devrais en
tirer quelque chose », « ce que je n’arrive pas à faire…alors, «
qu’est-ce qu’il y a qui ne va pas chez moi pour que je n’arrive
pas à méditer » ? Cela affecte notre bonne volonté et nous
hésitons ou supprimons carrément la pratique.
Bien que la méditation implique citta, elle doit impliquer aussi
les attitudes, les significations et les humeurs. C’est pourquoi
l’attitude initiale est importante : il est temps d’approcher
votre expérience avec bienveillance. Prenez le temps de remarquer
la sensation d’espace autour du corps ; prenez le temps de vous y
installer et d’y rester assis. Arrangez-vous pour n’être rien de
spécial, pour n’avoir rien à développer ni à régler en ce moment.
Prenez le temps d’être présent et d’approfondir des attitudes
simples où vous souhaitez le bien de tout le monde : « Puissé-je
aller bien ! Puissent les autres allez bien » !
Tout cela influence le fonctionnement de la pensée. Et lorsque
l’habitude volitionelle de votre vie de travail demandent de vous
presser pour faire ce qu’il faut, pour obtenir des résultats,
sortir de cette habitude revient surtout à la remplacer en vous
accordant tout le temps du monde pour vous adapter simplement et
calmement aux schémas des sensations corporelles, ou à la façon
dont vous êtes conscients de votre corps assis à cet endroit.
Je recommande cette approche parce que, pour beaucoup de gens,
l’énergie intentionnelle, particulièrement par le mental pensant,
est tout à fait excessive. Notre mental court en tous sens et il
en résulte une certaine angoisse pour le calmer. C’est une
attitude générale envers la vie : « la vie est un combat. Il vous
faut travailler dur. Il vous faut la mériter… Vous devez faire de
votre mieux… Soyez dans le monde et faites la travailler pour vous...
» Des notions de ce genre donnent le sentiment d’être toujours
pressé, bousculé. C’est tout à fait la mentalité du monde moderne.
Nous trouvons difficile de rester attentifs à notre corps et à
notre mental sans essayer très vite d’améliorer les choses. C’est
pourquoi de nombreuses personnes quand elles essayent de méditer
font tout d’abord un mouvement de balançoire en s’élançant d’abord
très fort pour ensuite se trouver fatigués et retomber très bas ;
d’abord ils se tendent, puis se relâchent. Mais, si nous sommes
trop tendus, rien n’est clair et si nous sommes trop relâchés,
nous ne clarifions rien non plus. La meilleure façon est quelque
part au milieu, le « Chemin du Milieu » de l’attention. Ainsi,
nous vérifions nos attitudes et notre volonté. Nous allons de « il
faut que je fasse bien » à « prenons seulement les choses une à la
fois ». Nous ajustons notre attention de façon à rendre le mental
efficace, fluide, intéressé – même enjoué -. C’est un entraînement
pour le cœur. Ainsi, nous relions la concentration au cœur : «
quoiqu’il arrive, je souhaite pouvoir m’y stabiliser et m’y
appuyer ».
Quand nous travaillons dans la méditation à partit de schémas
verbaux et mentaux, nous entraînons le mental à être conscient de
la manière dont nous pensons et de ce qui en résulte. Nous
entraînons le mental à faire ce qui est important et suffisant :
c'est-à-dire aider l’attention a déconstruire la complexité de la
pensée spéculative ou analytique. Ainsi, on remarque seulement «
ceci est inspirer », « ceci est expirer », « ceci est marcher ».
Et on réalise « cette que sensation est douce », « cette
respiration est longue ». Il ne faut pas toujours utiliser une
remarque verbale, mais au moins éveiller notre attention, comme si
nous définissions ce que nous expérimentons sur le moment : le
corps est ceci, il sent de cette façon, nous sentons sa chaleur,
sa solidité, les pressions qui s’y produisent, etc.
Travailler avec Kaya-sankhara signifie se référer à l’énergie
corporelle. Nous pouvons sentir notre corps bien rechargé, heureux
de son éclat et de sa vigueur, ou, au contraire, nous sentir
fatigués de sa mollesse et de ses déséquilibres, de ses
changements hormonaux, des ses énergies sexuelles et de toutes ces
choses qui produisent la sensation d’être dans ce corps. La
manière dont ce corps est directement expérimenté et la manière
dont je me sens moi-même dans ce corps, tout cela est du domaine
de kaya-sankhara. C’est l’expérience toute entière formatrice,
active, impulsive du corps, ce n’est pas une chose que nous
pouvons voir avec les yeux ; ce n’est pas la chair et les os.
Ainsi, au lieu de nous attacher à son apparence extérieure, nous
nous branchons sur ses schémas – pressions du corps, ses élans,
son poids et sa chaleur. La plupart d’entre nous peuvent
bénéficier de l’effet stabilisant de sentir le corps de cette
façon élémentaire. Cela nous aide à prendre conscience des
dynamismes de l’incarnation et de mettre en marche sa sensibilité.
Ainsi, dans la position assise de la méditation, il est bon de
prendre le temps de stabiliser le corps, bien l’installer, bien
savoir comment il s’assied, le redresser, et relâcher ce qui est
tendu. Il y a là une harmonisation générale, n’est-ce pas ?
S’asseoir, marcher, être debout – cela peut prendre un certain
temps pour trouver un bon équilibre à cause des restes de
mauvaises positions ou des tensions du corps. Cependant,
référez-vous à ces deux bases : tout d’abord la colonne vertébrale
– essayez de vous asseoir, de rester debout et de marcher avec la
colonne vertébrale bien droite, depuis le sommet de la tête
jusqu’en bas, comme si vous étiez suspendu. Cherchez un équilibre
qui produit le moins possible de stress. Ensuite, laissez votre
corps sentir l’espace qui l’entoure – cela aide à détendre le
devant du corps.
Si les choses se « détériorent », continuez à revenir à ses points
de référence importants.
Relation entre le corps, la parole et le mental.
Il est bon de donner un sens à la façon dont nous maintenons le
corps. Bien que le kamma soit réellement produit pas Citta, c’est
par ses attitudes et ses émotions que le corps fabrique l’énergie
pour cela. Il est difficile de garder une méditation heureuse si
votre énergie corporelle est hors jeu. Il est également difficile
d’être troublé si l’énergie de votre corps se sent détendue et
brillante ; la dépression ne traîne pas. Alors que, si votre
énergie corporelle se sent grise, mollisante et irrégulière, très
vite elle mène à une situation de dépression et d’apathie. Si
votre énergie corporelle est vive et active, à ce moment votre
cœur se sent tout exité ; ainsi le corps et le mental sont très
liés
D’autre part, si votre cœur est passionné et plein de force, votre
corps reçoit le signal de produire plus d’énergie, alors le
système nerveux commence à s’échauffer. Le corps reçoit un signal
de Citta - plus d’énergie, encore plus d’énergie – et vous devenez
tendu, prêt pour une « action de combat ». Remarquez seulement
combien d’énergie nerveuse vous pouvez utiliser quand vous êtes
troublé par l’environnement. Remarquez à quel point cela peut-être
épuisant. Entraînez-vous à trouver un bon équilibre entre
résolution et accord, ce qui veut dire que vous ne soutenez pas
des idées ou des impératifs tels que vous ne puissez les tenir sur
un plan de capacité énergétique. Rester assis jusqu’à ce que je
réalise l’illumination totale a plus de chances de vous créer une
rupture de ligaments des genoux et de vous amener des conflits
entre pensées et humeurs que de vous apporter le résultat espéré !
Cependant, nous pouvons calmer le mental affectif en le reliant
aux simples rythmes de la respiration. Nous pouvons lui donner une
place réconfortante et intime de telle sorte qu’il n’a pas besoin
de s’agiter en tous sens. Nous pouvons respirer nos humeurs et
découvrir où elles se trouvent dans le corps – dans la poitrine
serrée, dans le diaphragme raidi, ou dans la gorge fermée…Placer
l’attention sur ces endroits, comme si on les massait, donner à
Citta un espace agréable où s’installer et où il peut s’activer
adroitement et se trouver satisfait. Ainsi, l’interconnexion
fonctionne de manière positive et vous pouvez vider les tensions
du cœur en les contenant dans le flux des processus corporels.
Tenir le corps de cette façon est un kamma adroit parce que,
lorsque nous sommes en contact avec les énergies et les rythmes du
corps, le système nerveux tout entier se trouve bien accordé et
massé par un contact simple et régulièr.
Le modèle verbal et le modèle corporel sont également liés. Le
Bouddha a dit que, à trop penser on fatigue le corps et cela
affecte le système nerveux. (Notre idée que le corps est fait de
chair et d’os n’a pas beaucoup de sens.) Souvent les gens sont
confus par excès de verbalisation – le travail de bureau peut-être
épuisant et si l’on n’arrive pas à ajuster l’énergie à une
fréquence plus basse, tout le système s’épuise en crises de nerfs.
C’est un mauvais Kamma non par de mauvaises intentions délibérées
mais par le fait de négliger le système qui régit notre vie.
Pourtant, si vous pensez qu’il faut arrêter de penser, vous
combattez ! Mais si vous remarquez les effets produits par la
pensée, vous commencerez à faire machine arrière…et si vous amenez
cet espace ainsi gagné à agir sur les tendances émotionnelles en
dessous de la pensée, l’empathie et la clarté se développent.
Alors, les pensées et les humeurs trouvent leur résolution et cela
produit un effet énergétique ; le mental se calme d’une façon
merveilleuse.
Ainsi, dans la méditation, il peut y avoir des mouvements
énergétiques subtils ; parfois ce sont des diminutions de
tensions. Vous videz les pensées dans le cœur et vous videz le
cœur dans le corps et en respirant vous videz le corps – ses
tensions, son rayonnement et ses sensibilités – dans l’espace
autour de vous. Mais ce « lâcher » n’est pas un épuisement mais
une ouverture des énergies du corps et du mental sur une vastitude
réceptrice. Et avec tout cela, pour maintenir l’équilibre, il vous
faut un bon centre bien solide qui ne soit pas tendu. C’est ce que
la respiration consciente procure.
La respiration pendant la méditation.
Pendant la pratique de la conscience de la respiration (anapanasati)
vous passez par tous les schémas pour réaliser la liberté, ce que
nous pourrions appeler « le sans-schéma ». Les schémas de mental,
de la parole et du corps sont tous utilisés dans le processus de
la méditation. C'est-à-dire que quand vous vous installez dans la
position assise, vous modérez votre capacité de parole en mettant
votre attention sur l’inspiration et l’expiration, pour être clair
et pour vous y tenir solidement pendant toute une inspiration et
pendant toute une expiration – cela a un effet certain sur le
mental pensant. Je peux penser beaucoup, beaucoup de choses
pendant une inhalation. Mais, rester vraiment sur une inhalation
et ne faire que cela, c’est un entraînement pour calmer et
tranquilliser le mental pensant. Alors, comment faisons nous cela
? Nous pouvons utiliser un mantra comme « Bouddho » en pensant «
Boud » en inspirant et, en laissant le son de cette syllabe
s’étendre tout le long du processus corporel. Puis, la même chose
avec « dho » à l’expiration. Ou nous pouvons avoir une pensée en
nous demandant : « comment puis-je savoir que je respire ? » Et
alors, évaluer l’expérience de la respiration telle qu’elle se
produit réellement. Nous pouvons garder ce sens d’investigation
focalisée. Cela ne demande pas beaucoup de réflexions mais une
pensée pleine. Nous sommes sérieusement en train de considérer
quelque chose, en train de l’écouter, de l’attraper. Où est-ce
maintenant ? C’est dans la poitrine, quelque chose qui gonfle, qui
serre et disparaît. En cela, nous sommes réellement avec ce qui se
passe et l’enregistrons. C’est du kamma adroitement conçu parce
que cela clarifie le mental mais aussi le calme. Si vous faites
cela vous ne pensez pas à d’autres choses. Cela amène à un arrêt,
non par annihilation, mais par un phénomène d’accord.
L’entraînement consiste à être simple. Donnez-vous le temps qu’il
faut pour arriver réellement à la simplicité. Rien que cela
renverse les mouvements habituels de la vie. Et, si vous perdez
l’objectif, n’en faites pas un problème. Cela pourrait retourner
vers une autre habitude de citta. Ainsi, si vous ne faites jamais
plus que remarquer que vous vous êtes égaré, et à ce moment vous
demande simplement : « qu’est-ce qui se passe avec la respiration
maintenant ?... » et attraper la moindre sensation qui se présente
avec la respiration, c’est bien. Vous déplacez probablement
d’énormes résidus, juste en faisant cela. En devenant plus léger
et plus simple, le reste de la pratique suit.
En fait, le Bouddha ne commence pas avec tout un ensemble de
raffinements. Par exemple, en ce qui concerne la respiration, il
dit simplement : « soyez conscient de votre inspiration et de
votre expiration ». Il ne dit rien sur l’endroit où fixer votre
attention. Il nous encourage seulement à être conscient de
l’inspiration et de l’expiration et du rythme. Pour moi, c’est
très intéressant parce que le rythme agit sur le cœur. Tous les
musiciens savent cela ainsi que les mères de famille qui bercent
leur bébé. Si la concentration est tendue, essayez seulement de
recevoir le rythme – le léger gonflement de la poitrine, le tour
de la taille qui se contracte et se relâche ou le léger mouvement
du ventre, quelque chose qui revient régulièrement et que l’on
remarque facilement. Soyez seulement conscient du corps comme le
schéma des sensations régulières qui apparaissent avec la
respiration.
Mon expérience me dit qu’il y a différentes formes de schémas
corporels que l’on peut éprouver en inspirant et en expirant..
Tout d’abord, on peut ressentir l’aspect purement physique de la
respiration, par exemple le gonflement régulier de la poitrine ou
de l’abdomen, la contraction et la détente de la peau. Puis, on
peut sentir le passage de l’air dans le nez et dans le fond de la
gorge. Troisièmement, il y a l’effet énergétique : quand vous
inspirez, vous éprouvez un effet stimulant, quand vous expirez,
vous sentez un effet calmant. Ce sont trois niveaux de
l’expérience de la respiration.
Je mets l’accent sur l’effet énergétique parce que c’est dans ce
domaine que vous éprouvez l’extase (piti) et le bonheur (sukha)
qui vous emmènent plus profondément. C’est cette énergie qui
résonne dans le mental et quand vous vous trouvez dans le bonheur,
le mental est satisfait et bien installé. C’est le Samadhi –
généralement mal traduit par « concentration ». Cependant cet
aspect de la respiration peut-être négligé parce que nous
concevons notre corps et sa respiration d’une façon purement
matérielle ; inspirez, les poumons se remplissent puis expirez,
ils se vident. C’est cela respirer ! Nous avons tendance à nous
bloquer là-dessus et à nous concentrer sur quelque chose où
l’énergie n’est pas apparente ; ainsi l’extase et le samadhi sont
difficiles à trouver. Mais, si nous nous contentons de mettre le
concept du corps de côté en demandant : « comment est-ce que je
sens mon corps en ce moment ? » nous pouvons peut-être sentir le
corps d’une façon plus dynamique. Nous pourrions trouver qu’il y a
toutes sortes de tremblements, de surgissement, de tintements et
de palpitations qui de manifestent. Aussi, le corps est très
intelligent. Il semble savoir ce qu’il faut faire. Quand il se
sent tendu, si le mental « s’enlève du milieu », il se relâche.
Quand il a besoin d’inspirer, il le fait. Il n’expire jamais quand
il a besoin d’inspirer ! Il ne mélange jamais les deux ! Ainsi,
nous avons un système intelligent qui va se régénérer lui-même.
Tout ce processus est le schéma corporel et la respiration est
juste en son centre comme une expérience énergétique.
Alors, nous pouvons raffiner le processus en accordant le mental
conceptuel avec toute la longueur de la respiration qui nous relie
avec la détente et la tranquillité de la fin de l’expiration et
avec la plénitude complète et le calme de la fin de l’inspiration.
Cette solidité, cette arrivée à la tranquillité, est un aspect de
l’énergie corporelle que nous ratons au cours de notre façon
animée et dynamique de vivre. Et, avec cette pleine tranquillité,
vient un effet somatique et émotif. On se sent profondément
relaxé, rafraîchi, tendre en profondeur, avec le sentiment d’être
accompli. C’est le commencement de l’extase et du bien-être. C’est
une sensation d’être dans le courant. Ce n’est pas seulement que
vous agissez bien – mais que de bonnes choses vous adviennent – et
qu’au moment où vous en devenez conscient, votre citta et votre
corps se calment, la respiration se fait plus douce et tous les
effets combinés emplissent tout le système. Le mental pensant, le
coeur et le corps se réunissent, ils commencent à être unis. C’est
ce qui est signifié par « concentration » (samadhi), le brillant
résultat de la méditation.
Le samadhi comme kamma.
Avec la méditation sur la respiration, vous pouvez vous accorder
avec le sens d’être touché par la respiration, le sens tactile
plus que la pensée ou le sens visuel qui dominent habituellement
notre vie. Le sens tactile est instinctif, il peut dépasser le
processus de la pensée ; nous pouvons nous rappeler comment nous
avons laissé tomber un plat brûlant avant même de savoir qu’il
était brûlant, ou comment nous avons sauté pour éviter un danger
avant d’avoir réalisé qu’il était là. Le corps s’occupe de la
survie physique, c’est pourquoi il ne peut pas toujours attendre
que le cerveau émette une réponse. Ainsi le sens tactile est
hautement sensible et réactif agissant, de façon non verbale. Et,
c’est intime : quand je touche quelque chose, cette chose me
touche…ainsi il doit y avoir un fond de confiance. Le processus
sans faute de l’inspiration et de l’expiration est à peu près le
plus sûr que l’on puisse trouver dans cette vie, il supporte cette
attitude de confiance. Quand on a confiance on se relaxe. D’où, se
trouver dans la respiration = sensibilité et relaxation – Brillant
Kamma.
Si vous maintenez la conscience de l’impression tactile de la
respiration avec cette sensibilité, la concentration méditative,
le samadhi apparaît. Le samadhi est beaucoup plus que la
concentration que nous pourrions développer en travaillant sur des
problèmes ou en nous absorbant dans des divertissement
passionnants. Ces occupations fonctionnent plutôt en noyant
l’attention qu’en l’entraînant. On ne développe pas beaucoup
d’habileté à ressentir et à gérer nos schémas en regardant la
coupe du monde !
Evidemment, comme le samadhi est le résultat du Kamma, il dépend
de l’espèce de volonté ou d’intention que vous y mettez. Si le
mental n’est pas intéressé ou s’il n’est pas assez résolu, alors
il peut être lié avec et résulter en une intention non concentrée
– alors il doute et erre sans objectif. Si l’intention est trop
forte et impatiente, alors le mental manque de réceptivité et n’a
plus la capacité d’apprécier et de se réjouir. Par conséquent, il
n’y a pas le soulèvement nécessaire pour rafraîchir et calmer le
mental. Ainsi, la façon dont les facteurs du samadhi sont en jeu
est quelque chose qu’il ne faut pas oublier.
D’abord, concevoir et évaluer tout cela va créer une référence
pour la respiration et donner le schéma de ce qu’elle doit être.
On amorce et guide la respiration avec une suggestion appropriée
telle que « comment sais-je que je respire ? » « Comment cela
marche-t-il en ce moment ? » Puis, on peut chercher des effets
plus subtils : la durée de la respiration, le point d’impact et
les résonances en termes de sensations. Vous pouvez utiliser votre
pensée pour diriger l’attention sur la manière dont les schémas se
combinent : quand une volée de pensées s’élèvent, plutôt que d’y
penser, demandez-vous « comment est-ce venu dans mon corps ? » ou
« comment est-ce en mon cœur ? » Penser amène en général une
certaine tension dans le champ de l’énergie corporelle ; elle peut
paraître plus chargée ou plus dure. Il peut se produire une
augmentation de l’énergie dans les épaules, les mains ou le
visage. Il peut y avoir une légère contraction du diaphragme –
mais alors, « où est la respiration en ce moment ? » Cela aussi va
être affecté ; souvent son amplitude va se réduire. « Alors, si
j’attendais la prochaine expiration en la laissant passer dans
tout le corps ? » Faisons cela.
Egalement, avec le cœur : la pensée crée un tourbillon et une
agitation ; mais plutôt que réagir au contenu de la pensée, sentez
la vivacité, l’urgence, le bouillonnement, qui se déroulent : «
quel est le sens émotif de tout cela ? » Parfois, il y a
l’angoisse ou l’urgence de faire quelques chose ou il pourrait y
avoir l’impression d’une blessure sous la complainte des pensées ;
ou l’étourdissant tournoiement qui accompagne toute idée
importante – qu’il me semble avoir en grand nombre quand j’essaye
de méditer !
Puis, quel est l’effet de tout cela ? Mais, plutôt qu’analyser les
choses et vous gronder vous-même pour vous être dispersé encore
une fois et …combien de fois… dites-vous : « puissé-je être bien
dans mon cœur. » Puis : « pourquoi ne pas suivre la respiration
maintenant ? » Si la pensée est simple et attentive, elle éclaire
l’attention et l’amène au bien-être subtil qui est le calme du
corps et du mental. C’est l’extase et la tranquillité, la seconde
paire des facteurs du samadhi. Ces facteurs de ‘bien-être’ sortent
alors le mental de la convoitise et de la critique, de la
somnolence, de l’inquiétude ou du doute. Ils chassent les
empêchements en travaillant sur les énergies de la tension, les
irrégularités, l’engourdissement qui amènent la mauvaise volonté,
le doute, l’agitation et les désirs. Tels sont leurs principaux
objectifs et leur effet médicinal.
La concentration en un seul point (ekaggata) est le dernier des
facteurs à se produire. C’est le résultat de l’utilisation du
mental lorsqu’il est dirigé vers l’extase et la tranquillité qui
sont prédominantes dans le domaine de l’énergie corporelle quand
le système n’est pas dérangé par les empêchements et les
distractions. Au commencement, malgré le terme « concentré en un
seul point » cela se produit quand on considère « tout » le champ
de l’énergie corporelle. En général, l’attention se fixe sur un
endroit du corps, disons le fond du passage nasal ou le diaphragme
ou partout où on se sent confortable – là où les déséquilibres,
les tensions ou la mollesse de l’énergie corporelle disparaissent.
Mais lorsque le centrage se produit avec l’extase, plutôt qu’une
prise serrée, il se produit un effet rayonnant et l’énergie
respiratoire remplit tout le corps. Les côtés durs et la raideur
se dissolvent et le corps est ressenti davantage comme un « champ
d’énergie ». Le bien-être stabilise alors l’attention pour
contrecarrer tout vertige ou toute appréhension. Il en résulte que
l’on se sent soutenu par une énergie de fond. Quand tout cela se
développe en en effet durable, c’est l’absorption (jhana) le
résultat adroit de samadhi.
La fin du kamma par la vue profonde
Tout cela est de la nature du Kamma, de causes et d’effets créés
par les schémas dans le présent. Le samadhi lui-même s’appuie sur
des dispositions (schémas constitués dans le passé) et,
naturellement en crée pour l’avenir. Gardant tout ceci en mémoire,
il est bon de se rappeler que le but de la méditation est la
libération des schémas. Le samadhi nous procure une libération
temporaire de certaines formes kammiques – comme différents
sentiments - le désir, le souci, ou la mauvaise volonté dans le
présent – et ainsi cela nous donne un ‘certain goût que c’est
bon’. Il est bon d’avoir les énergies rassemblées – le cœur n’est
alors pas affecté par les impacts arrivant de n’importe où, dus au
hasard. Ainsi, quelque soit le niveau de samadhi, produit par la
méditation le message de ‘lâcher prise’, passe. Et cela change
notre vision.
Cependant, il se peut que l’on ne puisse pas avoir couramment la
disposition ou la possibilité de développer le samadhi jusqu’au
niveau de l’absorption. Alors, la notion même de « d’avoir le
samadi » peut amener des schémas angoissants comme : « puis-je y
arriver ? » « Je suis un incapable » etc. En accord avec cela, le
point imortant de l’enseignement pour celui qui développe - ou qui
ne développe pas - un samadhi fort, c’est qu’ il convient de se
servir et de scruter les schémas avec la vision profonde. Son
énergie formative, recueillie ou non, dirigée ou flottante, est
quelque chose qui peut être reconnu à n’importe quel niveau. Pour
parler simplement, cela veut dire que l’humeur et l’énergie en
cours n’ont pas à me contrôler. Le schéma n’a pas à être « moi »
ou « mien ». Quand vous voyez les choses de cette façon, vous
pouvez pratiquer en de nombreuses situations : vous vous
concentrez sur les humeurs et les instincts que se lèvent, avec
attention et détachement, plutôt que de vous dire « c’est à moi,
c’est moi », « je m’y tiens », « c’est mon essence immortelle, mon
soi ». Ainsi, vous n’avez pas à créer un nouveau kamma fondé sur
le vieux. kamma.
Remarquer que les émotions sont liées aux états du corps aide à
mieux émerger de cette notion que je vis dans ma tête avec un
morceau de viande et des os qui me permettent de me déplacer. Le
corps n’est pas séparé du mental : en pratiquant avec cette vue
tous les jours et pendant la méditation, vous arrivez à développer
les moyens adroits pour sortir des vieux schémas. Ainsi, quand un
échange verbal devient surexcité, il est bon de s’accorder avec se
qui se passe dans le corps…Les paumes des mains, les tempes et les
yeux indiquent très bien l’énergie que nous émettons. Cette
énergie a-t-elle besoin d’être relaxée ? Parfois, je remarque que,
en évoluant et en ajustant la vitesse de la méditation marchée, on
peut modifier les attitudes et les humeurs ; ou en adoucissant et
en diffusant le regard. Ou bien, vous vous sentez fade ou déprimé
: est-ce que votre corps est tout à fait présent, poitrine, gorge
? Peut-être qu’en y mettant votre attention avec une attitude
aimable, va aider l’énergie à s’élever et à relever l’état du
mental.
Ces conseils ne sont que des points de vue, des moyens de révéler
les schémas pour ce qu’ils sont. Il n’y a en réalité pas
grand-chose à faire, il suffit de les reconnaître pour ce qu’ils
sont. Alors, la tendance de leur résister ou de nous identifier a
eux diminue. Lorsqu’on considère simplement leurs énergies comme
des énergies, ils ne sont plus soutenus par l’idée de « je suis ».
N’étant pas soutenus par cette idée, ils se calment. Et c’est ici
le point important de la vue profonde. Car, en expérimentant les
schémas sombres aussi bien que les brillants tels qu’ils sont, on
ne maintient plus l’impression : « je suis dans un état de bonheur
» ou « j’argumente » ou « on me rend fou ! » C’est cette vue de
nous même qui nous préoccupe en cherchant et en nous accrochant à
faire bonne impression et en écartant les mauvaises ; l’énergie
est dirigée soit par la clarté, soit par l’ignorance. Ainsi, si
nous abandonnons peu à peu les vues fausses, nous pouvons alors
aborder la vie sans qu’elle nous malmène.
Il n’y a pas quelqu’un qui est ceci et devrait être cela, ce sont
seulement des dispositions et des inclinations. Nous n’avons
absolument pas à nous préserver nous-même, à nous défendre, à nous
créer d’un moment à l’autre. Le Kamma peut s’arrêter.
C’est comme se gratter ou fumer, même si vous pensez que ce serait
bien d’arrêter, bien que vous vous sentiez assez fort pour y
parvenir, votre système ne le fait pas, sauf s’il sent que
s’arrêter vous apportera un certain bénéfice et que vous avez
assez de fermeté pour le faire. Ces qualités de bien-être et de
fermeté sont développées dans la méditation de samatha qui ouvre
et guérit les dynamismes de votre système et permet à la clarté de
pénétrer dans les régions et les aspects de vos modèles qui sont
souvent oubliés dans la vie quotidienne. Et, comme ils marchent
ensemble, le calme et la vue profonde permettent au kamma de
s’arrêter.